Le bateau bâche
Un procédé d'entretien ingénieux
Le bateau bâche est une invention qui a permis d'effectuer rapidement et à moindre coût des travaux de confortement des berges du canal de l'Ourcq, vers 1885-1890.
Il s'agit d'une sorte de bateau qui, lorsqu'il est coulé sur le fond du canal, permet le passage, entre ses bords, d'une flûte, tout en permettant de mettre au sec la zone située entre les bords et les rives du canal.
Un texte de 1887 décrit avec précision le système et la façon de le mettre en oeuvre. Nous le reproduisons ici, avec l'autorisation du service des Canaux de la Mairie de Paris, dans son intégralité. Un article le rendant plus explicite est en cours de préparation.
Au musée de l'usine de Trilbardou, on peut voir une maquette et une photo d'époque du bateau-bâche.
Document
LE CANAL DE L’OURCQ ET SES PROCÉDÉS ACTUELS D’ENTRETIEN (septembre 1887)
Maquette (XIX° siècle) du bateau bâche
Musée de Trilbardou.
Photo © Bernard GENDRE/AFLO 2008
La bâche, dont on a limité la longueur à 33 m. d’abord, puis à 25 m pour en rendre l’emploi plus facile dans les parties du canal où la courbure de la berge est très prononcée, se compose essentiellement d’un plancher en bois formé de poutres transversales assemblées à joints étanches, sur lequel sont boulonnés longitudinalement deux caissons en tôles à section trapézoïdale laissant entre eux un espace minimum de 3, 20 m. suffisant pour le passage d’une flûte d’Ourcq. Ces caissons ont leurs parois en tôle pleine de 7 mm, avec assemblages d’angle en cornières et cadres de raidissage en cornières, espacés de 80 cm. Les caissons sont munis à chaque extrémité de portes pleines à butée de caoutchouc qu’on ferme au moyen de vis de serrage et qu’on ouvre par traction sur une chaîne. Ces caissons sont alternativement vides pour assurer la flotaison de l’appareil et remplis d’eau pour déterminer son immersion.
Enfin, la bâche présente à chaque extrémité une trousse coupante qu’on peut, au moyen de deux longs leviers, soit sortir de l’eau pendant la flottaison, soit appliquer sous le plancher pour faire pénétration dans le fond du canal.
On voit que, la bâche étant immergée, si l’on ferme, aux deux extrémités, par des batardeaux, les espaces compris entre la paroi externe d’un caisson et la berge voisine, on isole une enceinte qu’il est facile d’épuiser et dans laquelle on peut procéder en toute sécurité au travail de réfection. On a presque toujours opéré simultanément sur les deux rives et on a pu, en plusieurs circonstances, cheminer sous la bâche et y réparer des effondrements.
Le matériel d’épuisement se compose, pour l’épuisement initial, de pompes LETESTU de 25 cm de diamètre actionnées par des locomobiles montées sur bateaux, et, pour l’entretien de l’épuisement, de siphons en tuyaux de fer de 5 cm, que la situation particulière à flac de coteau des parties à réparer permet d’utiliser. Généralement, un seul siphon suffit pour l’évacuation des eaux d’infiltration, après la mise à sec des enceintes. Souvent même il est nécessaire de l’alimenter au moyen d’un robinet puisant l’eau directement dans un caisson, pour éviter qu’il ne se désamorce.
Le travail de réfection terminé et les batardeaux enlevés, on ferme les caissons et on les vide ; l’appareil flotte et peut être conduit comme un bateau ordinaire à l’emplacement choisi pour un nouvel emploi.
Le renflouement, le déplacement et l’échouage dans un nouveau lieu d’emploi, demandent deux heures en moyenne ; la construction des batardeaux qui sont très légers et l’épuisement de l’enceinte avec deux pompes LETESTU de 25 cm de diamètre et deux siphons de 5 cm, ayant au minimum une chute de 10 m, exigent quatre ou cinq heures quand l’opération réussit.
Le bateau bâche en position de travail
Photographie anonyme sur plaque de verre
Musée de Trilbardou
Photo © Bernard GENDRE / AFLO 2008
Règle générale : On doit travailler à sec le matin dans un emplacement et le soir du même jour dans un autre ; mais il a fallu, pour arriver à ce résultat, quelques tours de mains.
Il faut épuiser vite au début pour que la charge qui produit la pénétration des trousses dans le fond, agisse rapidement ; pour accroître cet effet, on fait gonfler le plan d’eau dans la bâche en obstruant, par quelques planches, sa section à l’aval.
Deux bâches sont en service et ont coûté, pour acquisition, amélioration et grosses réparations, 60 000 F ensemble. Elles mèneront à fin la réparation de 9 000 m de canal, soit 18 000 m de berge ; en faisant entrer dans le compte d’amortissement le matériel d’épuisement, on peut évaluer à 5 F par mètre de berge visité, la somme afférente au matériel.
Le renflouement d’une bâche, la mise en place, l’échouage, la confection des batardeaux e l’épuisement de la fouille n’exige qu’une dépense de 450 F environ, pour une longueur utile moyenne de 25 m, soit 3 F par mètre de berge réparée.
Au total, les procédés employés pour rendre possible la réparation du revêtement du canal, reviennent à 8 F par mètre linéaire de berge ; or la réparation elle même coûte de 25 à 30 F. Le prix de 8 F, prix de revient résultant d’une longue constatation constitue un résultat très satisfaisant. Des batardeaux eussent coûté beaucoup plus cher, et l’emploi de la bâche, bien qu’il intercepte la navigation pendant quelques heures chaque fois qu’elle est déplacée, fournit une sécurité qu’on aurait vainement cherchée dans un autre procédé.
Schéma de principe


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