Histoire de l'usine

de Villers-les-Rigault

1868

C’est au sud de ce hameau, rattaché à Congis-sur-Thérouanne après avoir été une commune à part entière jusqu’en 1807, que l’on peut découvrir cette usine tout-à-fait exceptionnelle, classée Monument Historique en 1992 notamment pour les machines qu’elle renferme.

C’est à l’Ingénieur hydraulicien Louis-Dominique Girard que l’on doit sa conception et son développement, en seulement deux années, dès qu’un décret ministériel d’avril 1866 autorisa le pompage des eaux de la Marne pour alimenter le Canal de l’Ourcq afin d’assurer la constance de son débit en période d’étiage et/ou de sécheresse sévère.
Ce débit était en effet d’une grande importance, à la fois pour alimenter Paris en eau et pour permettre la bonne navigation des flûtes de l’Ourcq et autres bateaux, dont les éclusages successifs, gourmands en eau.

Un défi technique

Le défi technique, économique, donc industriel, n’était pas des plus simples à relever :
Élever d’environ 12 mètres un volume d’eau avoisinant 38 000 m3/jour (soit environ 450 litres/seconde !!!), en ne disposant comme force motrice que d’une chute de bassin de rivière d’environ 2 mètres.
Cette chute était créée par le grand barrage sur la Marne, construit en 1850 entre les rives de Isles-lès-Meldeuses et de Congis-sur-Thérouanne à la hauteur d’une île fusiforme longue de 380 m et large de 35 mètres au plus, l’île Clain. Elle détermine un bras majeur barré par un déversoir à clapet mobile sur 34 m et un pertuis de 250 aiguilles manœuvrables à la main, sur 25 m, complété d’une écluse de 8 m de largeur et 45 m de longueur. Soit un bras d’environ 70 m.
Par ailleurs, on a un bras mineur, d’une dizaine de mètres de largeur, barré par un seuil fixe de 25 m, lequel contient le réservoir de l’usine.
On peut voir sur cette carte postale ancienne les différents éléments décrits ci-dessus :
ISLES-les-MELDEUSES. - Vue générale de l'Écluse <br><i>CPA 05/09/1907 (date de la poste) – collection Bergus</i>
ISLES-les-MELDEUSES. - Vue générale de l'Écluse
CPA 05/09/1907 (date de la poste) – collection Bergus

La machine de Girard

La chute anime alors deux immenses roues de fonte de 10 m de diamètre, la fonte étant déjà une innovation technique récente, limitant considérablement l’altération par oxydation et allégeant les structures de 10 % tout en leur conférant une rigidité bien plus grande. Ces roues reliées à des bielles géantes permettaient à quatre pompes à double-effet de refouler l’eau 12 mètres plus haut dans le Canal, par une canalisation de quelque 340 mètres !
Cette installation de machine à roues à turbines et pompes aspirantes-refoulantes valut aussi l’appellation de « moulin-pompe » à l’usine.
(Voir l'artiicle consacré à la machine de Girard dans la rubrique Technique).

L'eau rejoint le canal

ISLES-LES-MELDEUSES - Avenue de l'Usine Hydraulique à Villers-les-Rigault

Le débouché dans le canal se trouve au PK 73,12, soit à 400 mètres en aval du pont de Villers, il est marqué par une petite construction de maintenance technique.
Entre l’usine, Rue du Grand Voyeux, et le canal, la conduite est souterraine, surmontée d’une belle allée bordée par deux rangées de grands arbres.

ISLES-LES-MELDEUSES - Avenue de l'Usine Hydraulique à Villers-les-Rigault
Edition Camuset, 02/08/1924, date de la Poste
CPA issue de CARTORUM


Vue générale de l'usine

24 ISLES-les-MELDEUSES (S.-et-M.)<br>
Un joli Coin - Un bras de la Marne et l'Usine Hydraulique.<br>
<i>CPA 26/09/1927 (date de la poste) – Collection Bergus</i>
24 ISLES-les-MELDEUSES (S.-et-M.)
Un joli Coin - Un bras de la Marne et l'Usine Hydraulique.
CPA 26/09/1927 (date de la poste) – Collection Bergus
Sur cette photo datant de 1925 environ, on voit le seuil du bras mineur de la Marne, entre l'île Clain à gauche et l'arrière de l'usine à droite, repéré en 3 sur la vue aérienne ci-dessous.
Capture d'écran image satellitaire Géoportail
Capture d'écran image satellitaire Géoportail
  1. L'Île Clain
  2. Le Barrage sur la Marne
  3. Le seuil du bras mineur et le réservoir
  4. Le chenal d'amenée
  5. Le bras mineur de décharge
  6. Le bâtiment principal de l'usine
  7. L'entrée, rue du Grand Voyeux
  8. La conduite souterraine sous l'allée arborée
Notons au passage que l’ingénieur Louis-Dominique GIRARD fut aussi remarqué pour ses travaux à la Chocolaterie de Noisiel (et son barrage !) et son prototype de train glissant sur de l’eau, très en avance sur son temps, donc !

Elle est encore fonctionnelle

Depuis Napoléon III, elle est toujours fonctionnelle, mais son usage régulier a été stoppé en 1962. Parfois remise en action, notamment lors des Journées du Patrimoine.
Elle a cependant été modernisée, avec une automatisation partielle grâce à des capteurs de mouvements, et susceptible d’une reprise d’activité en cas de nécessité.
Son entrée reste discrète, le bâtiment principal de 31 m x 12 m solidement implanté en bordure du bras de décharge, et cerné d’un paisible jardin arboré et fleuri donnant sur le réservoir et un chenal courbe d’amenée.
L’usine a pour coordonnées GPS 49° 00’ 04’’ N et 3° 00’ 04’’ E, altitude 50 m.
Paris-Bise-Art propose une page avec de très belle photos prises lors d'une visite.
(page consultée le 09/03/2026)

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