1892
A la liaison entre le bassin de La Villette et le canal de l'Ourcq, au niveau de la rue de Crimée, un pont était indispensable
Sur ce document réalisé aux alentours de 1810, qui est une vue en perspective plongeante de la Place de la Bataille de Stalingrad vers le Nord-Est, on peut apprécier le grand Bassin de La Villette de 700 mètres de longueur sur 70 de largeur, alimenté par les eaux de la Beuvronne qui, seules à cette époque, coulaient dans le Canal de l’Ourcq encore inachevé (en bleu ajouté ici). Juste en arrière du bassin, en rouge ajouté, le petit pont de la future Rue de Crimée dont on voit qu’elle n’existait pas encore !
Vue du bassin du nouveau canal de l'Ourq
prise sur le premier pont à bascule en face de la Rotonde et de la Barrière de la Villette
Gravure de 1809, par Chapuy, Nicolas Marie Joseph , Graveur et Toussaint, dessinateur.
Image publiée sous licence CC0 à retrouver sur : Musée Carnavalet, Paris
Le quatrième, construit en 1874 pour remplacer celui détruit par un incendie en 1871, était tournant et fait de métal et de bois. Par construction, grand pivot obligeant, la passe d’à peine 8 mètres restait étroite pour des bateaux de plus en plus larges et longs, peu manœuvrables.
De plus, il devenait important de donner au bassin une profondeur de 3,20 m au lieu des 2,00 m qu’il connaissait depuis sa création, pour alignement avec la Seine.
Les manœuvres étaient lentes, plus de 15 minutes pour le passage d’un bateau moyen, près d’une heure pour un grand ou un convoi de petits... la circulation terrestre de la Rue de Crimée étant interrompue tout ce temps plusieurs fois par jour.
Dès 1892, il apparut nécessaire pour le développement de l’activité portuaire fluviale parisienne, et à la circulation routière urbaine de remplacer le pont tournant.
Il fallut donc réaménager tout l’ensemble, bassin inclus, avec maintes contraintes spatiales, budgétaires, temporelles, techniques, politiques et même esthétiques.
Pour ce qui était du pont lui-même, la seule solution qui parut satisfaire les décideurs fut celle d’un pont levant horizontal.
Il en existait déjà en France et dans le monde, mais leur modèle ne convenait pas en l’état.
C’est l’ingénieur en chef
Il opta pour la Société Fives-Lille, seule capable de répondre à l’appel d’offres et son lourd cahier des charges, pour un pont horizontal à soulèvement parallèle, en acier, mû par énergie hydraulique, avec pour seule superstructure technique visible quatre colonnes de bronze couronnées à fûts cannelés-côtelés, porteuses de poulies à rayons et à chaînes.
Cette relative légèreté architecturale était complétée par une travée unique en acier riveté, tablier droit de 15 mètres en acier ajouré, pour 85 tonnes au total, machinerie incluse.
La force motrice apportée par deux pistons sous pression hydraulique, l’eau tirée d’une source, à raison de 2 m³ par manœuvre...il s’agissait bien d’eau potable !
Le Polytechnicien et ingénieur des Mines, Louis LE CHÂTELIER fut le maître d’œuvre, et mena ce grand chantier tambour battant, contournant toutes les difficultés, et le Pont levant de Crimée (nommé aussi, improprement, Pont de Flandre) fut opérationnel en août 1885.
La passe atteint alors 15 mètres en largeur, et 3,20 m de tirant d’eau, 4,4 m de tirant d’air levé, 2,4 m baissé.
Les temps de manœuvre passèrent à 5 minutes et 15 minutes, soit divisés par quatre !
Le pont fut par ailleurs doublé d’une haute passerelle piétonnière juxtaposée, évitant toute attente aux personnes aptes à en franchir les escaliers.
Illustrations issues de la revue « Le Génie Civil » du 7 novembre 1895,
tablier levé au maximum pour permettre le passage des bateaux et tablier baissé pour laisser passage aux piétons et voitures.
Cette vue permet de voir l'élégante passerelle qui le cotoie en amont.
On remarque la recherche esthétique : seules poulies et chaînes sont visibles et les colonnes à couronne, en fonte cannelée-côtelée, tablier en acier ajouré.
Ce remarquable édifice fut classé Monument Historique en 1993, et bénéficia en 2011 d’une modernisation et d’un toilettage en conservant fidèlement tous les éléments d’époque qui pouvaient l’être et en fabriquant les autres à l’identique.
On modifia l’alimentation en eau pour ne plus gâcher les 9000 m³ d’eau potable nécessités par les manœuvres qui sont de l’ordre de 25 par jour, toutes les demi- L’alimentation en eau a été modifiée pour éviter de gaspiller les 9000 m³ d’eau potable nécessaires à environ 25 manœuvres quotidiennes, soit une toutes les demi-heures sauf la nuit, toute l’année. Le fonctionnement a été automatisé.
En cas de panne du système hydraulique, un système de manœuvre manuel peut venir pallier le dysfonctionnement.
De nos jours, ce pont est quotidiennement traversé par des centaines de voitures, motos et cycles, et par des milliers de passants, grâce à ...
Illustrations : collections personnelles membres AFLO.
Plan 1820-1866 à retrouver sur : https://remonterletemps.ign.fr/
Site pertinent : Musée du Patrimoine